Amoureuse des mots et ancienne participante passionnée, c’est tout naturellement que je suis devenue animatrice d’ateliers d’écriture il y a bientôt deux ans. L’une des meilleures décisions de ma vie !
Ce métier m’a permis de faire des rencontres inoubliables et de mettre en place des projets passionnants. Après avoir proposé l’aventure à des enfants en périscolaires et espaces jeunes, puis à des adultes dans un cabaret-lounge-karaoké, je vous invite à me suivre dans les coulisses d’un atelier d’écriture… en ehpad !
Dans cet article, découvrez les challenges de l’animation d’ateliers d’écriture en ehpad, mes conseils pour vous aider à organiser votre activité en toute confiance et trois idées d’atelier d’écriture.
Bonne lecture !
Quelques conseils avant de commencer votre atelier d’écriture en ehpad :
1 ) Bien communiquer autour de l’activité :
Certaines personnes sont parfois réfractaires quand on leur expose les choses de façon trop “intellectuelle” ou à l’inverse trop “simplifiée”. Le tout est de choisir ses mots habillement pour toucher le plus de monde, le but étant de rendre l’écriture accessible et non d’en faire une activité d’élite.
On peut trouver un nom qui donne envie, comme : «Écriture dans l’air», «Rêvons à plusieurs», «Papotage de vie», «Parle-moi de tes rêves»… Dans certains ehpad, on laisse en évidence un programme de la journée dès le matin dans le salon commun : laissez-y un nom mystérieux à tourner et retourner dans tous les sens et vous verrez le suspens germer sur les visages de vos participants 😉 Si vous avez le temps, vous pouvez même créer une jolie pancarte et la poser près du lieu où se déroulera l’activité.
2 ) Choisir un endroit agréable, calme et pratique
Prenez en compte le passage des fauteuils roulants et déambulateurs, pour assurer la fluidité des déplacements et éviter de provoquer l’impatience des résidents. Pensez avant tout à leur confort et réfléchissez à l’utilité du mobilier : par exemple, si vous n’avez pas vraiment besoin de cette table qui prend toute la largeur de la pièce, oust ! On fait de la place pour ne garder que l’essentiel et éliminer les potentielles sources d’irritation des résidents, et par la même occasion gagner du temps lors de l’activité.
3 ) Trouver des alternatives à l’écriture manuelle
Adaptez-vous aux conditions physiques des résidents : images, collages, tableaux, TNI, tablettes, ou tout simplement conversation orale… N’hésitez pas à inventer vos propres outils et à vous organiser en avance.
4 ) Instaurer un climat de confiance avant de commencer l’atelier
Pourquoi ne pas mettre un petit fond sonore agréable, par exemple, ou même proposer des boissons et des petits gâteaux, demander s’ils ont déjà participé à des ateliers d’écriture avant, s’ils ont beaucoup écrit ou lu pendant leur vie…
Certains voudront peut-être assister à l’atelier sans participer, et c’est ok aussi ! Soyez ouvert et accueillant, c’est le principal.

5) Si vous êtes un intervenant extérieur à l’ehpad, posez le plus de questions possibles avant le jour J
Que ce soit avec le/la directeur.rice ou l’animateur.rice, quand on fait une intervention dans un ehpad, la communication est primordiale : si vous laissez tout au hasard, vous risquez d’avoir de mauvaises surprises et de ne plus avoir le temps de poser les bonnes questions aux bonnes personnes.
Menez l’enquête : il faut que vous sachiez si vous allez être accompagné par les animateurs.rices de l’ehpad ou des aide-soignant.e.s ou si vous serez seul.e. Malheureusement, il n’est pas rare que des intervenants soient laissés à leur sort par les équipes de certains ehpads… Renseignez-vous bien et demandez-leur des réponses franches, notamment sur l’existence ou l’absence d’accompagnement, car cela impactera le temps que vous prendrez à aider chaque participant et donc le rythme et l’organisation globale de l’activité. Idem pour les horaires — vous ne voudriez quand même pas priver les résidents de leur séance coiffeur ou de leur goûter ! 😉 —, le nombre de participants potentiels, leurs conditions physiques et mentales, etc… Soyez gourmand en conseils pour préparer au mieux votre activité pour le jour J.
Place aux idées d’atelier !
Atelier d’écriture en ehpad
Faire parler les images
Matériel
- Ciseaux
- Images thématiques, catalogues, journaux, magazines…
- Stickers et gommettes (facultatif)
- Des feutres de couleur
- De belles feuilles A3
- De la pâte à fixe ou du scotch
- Présentez de jolies images et laissez les personnes entourer ou vous montrer celles qui les inspirent ( parce que l’image est belle, repoussante, bizarre, drôle, leur rappelle un souvenir).
Voici le document que j’avais créé pour mon propre atelier, si vous souhaitez vous en inspirez ou même l’utiliser. C’est cadeau ! 😉
- Découpez les images et collez-les avec de la pâte à fixe sur de grands posters.
N’hésitez pas à découper les images vous-même avant l’animation, cela permettra aux personnes à la motricité réduite d’avancer plus aisément
- Vous pouvez proposer des gommettes ou autres touches fantaisistes pour plus de couleurs et de contraste.
- Proposez d’écrire leur prénom au milieu de la feuille, avec des gommettes, des lettres imprimées ou directement au feutre.
- Donnez-leur quelques minutes pour réfléchir aux mots qui ont eu de l’importance dans leur vie : ce peuvent être des mots qu’ils aiment pour les valeurs qu’ils incarnent, qui résonnent en eux en faisant émerger de lointains souvenirs… ou pourquoi pas tout simplement des mots qu’ils trouvent amusants ?
Ensuite, quand tout est collé, on peut passer à l’étape du partage : à tour de rôle, les résidents expliquent pourquoi ils ont choisi telle ou telle image, tel mot… Grâce à ce support, ils vont pouvoir se remémorer des souvenirs et les partager entre eux. On peut adapter cette activité au thème du moment ou à la saison si on le souhaite : noël, vacances d’été, etc…
À la fin, pourquoi ne pas les mettre en valeur en les affichant sur les murs de l’ehpad ? Cela pourra peut-être donner envie à d’autres résidents de tenter l’aventure une prochaine fois, en même temps que de rappeler de bons souvenirs aux participants de l’atelier.
J’ai adoré proposer cet atelier aux résidents, lorsque je travaillais à l’ehpad en tant qu’animatrice. Cette expérience a été profondément enrichissante et émouvante. Elle a permis de donner la parole à ceux qui ne parlent pas toujours beaucoup…. Ce genre de moments est précieux et permet non seulement aux résidents de se connaître un peu plus entre eux, mais aussi de se souvenir de leur vie, se sentir libres de s’exprimer, d’être écoutés et pris en compte.
L’expression artistique : un acte douloureux chez certaines personnes âgées
Un tel atelier n’est pas forcément évident pour certaines personnes âgées : la majorité de leur génération ont été habitués à ne pas s’exprimer, se sont faits brimer, humilier, violenter pour n’être jamais assez bons aux yeux de l’autorité, leurs parents, leurs professeurs…
Pour ces personnes-là, toute forme d’expression artistique est presque systématiquement reliée à une évaluation et à une notation sur des choses censées être respectées telles quelles : la sensibilité de chacun, sa personnalité, sa voix…

Il m’est arrivé qu’une résidente se mette à pleurer pendant l’atelier parce que l’image de son professeur la raillant devant sa classe revenait la hanter. C’était déchirant de la voir encore traumatisée par la méchanceté qu’elle avait subie dans son enfance, alors qu’elle devait maintenant avoir quatre-vingt-cinq ans…
Si vous rencontrez ce genre de situation, faites preuve de sensibilité et de compassion et n’hésitez pas à vous montrer rassurant. Rappelez-leur qu’il ne s’agit que d’un moment convivial pour discuter et se découvrir, qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire, et que personne n’est là pour juger qui que ce soit.
Ne forcez rien, accueillez les participants comme ils sont, avec leurs cicatrices, leurs doutes, leurs peurs…
Votre rôle à vous, c’est simplement d’être la fenêtre qu’ils décident ou non d’ouvrir sur leur propre créativité, leur propre voix. Le tout, c’est que cette fenêtre existe ; le reste leur appartient.
Atelier d’écriture en ehpad
Voir la réalité autrement grâce à la poésie
Voilà une autre activité que j’ai pris énormément de plaisir à proposer aux résidents : écrire des poèmes surréalistes. C’est l’occasion de montrer, encore et toujours, que le choix de nos mots influence notre manière de voir le monde. Une notion qui me paraît fondamentale dans un lieu tel qu’un ehpad, où la vie quotidienne peut être éprouvante, entre la vie en communauté, la solitude, la perte de mémoire, d’autonomie, l’éloignement de la famille, la présence de la mort…
Leur proposer des ateliers d’écriture, c’est non seulement leur permettre de rêver et s’amuser avec les mots, mais aussi de rajouter un peu de légèreté, de peps et de dignité à la vie de nos aïeux.
Pour les mettre dans l’ambiance
Creusage de méninges, surprises et exposition de sourires garantis !
Pour commencer, vous pouvez présenter les grandes lignes de l’art surréaliste (ou tout autre courant pour lequel vous avez un coup de cœur), et quelques artistes que vous aimez particulièrement. Vous pouvez trouver des vidéos de portraits intéressantes sur Youtube par exemple, et leur projeter des photos d’œuvres visuelles pour captiver les résidents.
N’hésitez pas à interagir pendant la présentation et à vous adapter en fonction de leur attention.
Ce que j’aime avec l’art surréaliste, c’est qu’il est rebelle par nature : pas de jugement de valeur sur les idées proposées, puisque sa beauté réside justement dans sa singularité et son originalité et non pas sur la performance, la technique ou le réalisme. Il me semble que c’est un bon moyen de décomplexer les résidents qui pourraient ne pas se sentir à la hauteur pour réaliser une activité artistique. Ici, bienveillance, défoulement, et créativité priment sur tout le reste.

Pour ma part, j’ai choisi de leur présenter Francis Ponge, auteur du recueil Le Parti Pris des Choses, et leur ai présenté quelques poèmes tels que L’huître et La Cigarette par exemple. Il ne s’agit pas de faire un cours de littérature (à moins que les résidents le désirent bien-sûr !) mais de leur donner un peu de poésie à se mettre sous la dent (ou sous le dentier…).
La lecture de poèmes à voix haute peut être un moment très agréable pour les résidents, d’autant plus que certains anciens lecteurs avides ont parfois arrêté de lire, bien souvent pour des raisons de santé oculaire ou de concentration.
Ne vous précipitez pas, marquez les syllabes, donnez du sens à ce que vous lisez et parlez bien fort. Et surtout, faites-vous plaisir ! 😉
Je leur présente aussi Pablo Neruda (Veinte poemas de amor y una canción desesperada) et le concept des blasons, ces poèmes qui font l’éloge d’une partie spécifique du corps ou bien d’un objet.
Pour rendre le tout vivant et ludique, je laisse les résidents tenter de deviner sur quelle partie du corps sera le poème que je m’apprête à leur faire découvrir. “La tête ! Les seins ! Le nombril !” crie la foule, depuis leur fauteuil. “Ouf” de soulagement quand, au bout de leurs moultes suppositions, retentit, victorieux et libérateur : “Les pieds !”.
Les résidents apprécient généralement quand on ajoute un soupçon de quizz et de devinettes par-ci et par-là, alors n’hésitez pas à leur en rajouter, sans modération 😉
Déroulement de l’atelier d’écriture en ehpad :
Après cette petite présentation, place à l’atelier ! Vous n’avez besoin que de quelques feuilles, des stylos ou pourquoi pas des dictaphones pour écrire avec la voix.
- Demandez-leur de choisir chacun n’importe quel objet dans la salle.
- Écrivez les noms des objets sur des petits papiers que vous pliez et mélangez.
- Chacun pioche un objet et c’est parti : en dix à vingt minutes, les participants tentent d’écrire un poème sur cet objet sans jamais en dévoiler le nom.
Pour les personnes qui ne peuvent pas écrire au stylo, proposez d’écrire vous-même sur leur feuille tandis qu’elles vous dictent ce qui leur traverse l’esprit.
Et si ce qu’ils écrivent ne correspond pas aux consignes de l’atelier ? Et bien, tant pis ! Les propositions d’écriture sont là pour donner de l’inspiration et faire de l’écriture un jeu, et non pas pour fixer des standards de réussite d’un quelconque exercice. Alors, si les participants veulent jouer leurs propres règles, laissez-les et même encouragez-les !
Vous ne regretterez pas de laisser la juste dose de hasard et de spontanéité colorer votre atelier. C’est l’avantage d’avoir l’organisation en tête : les dérapages contrôlés seront d’autant plus savoureux !
Variante à plusieurs : Atelier d’écriture collectif en ehpad
Autre possibilité : créer un poème à plusieurs ! Vous aurez besoin d’un tableau et de feutres de deux couleurs différentes à fort contraste pour que tout le monde puisse bien voir, installés en arc de cercle autour de celui-ci.
- Choisissez ou piochez un des objets de la salle.
- Sur la gauche de votre tableau, demandez aux participants de faire une liste des “mots à transformer” : les différents éléments qui constituent votre objet, comme la forme, la couleur, le champ lexical direct de cet objet…
- À partir de ces mots, proposez aux participants de trouver des périphrases surprenantes, amusantes ou poétiques pour remplacer les mots d’origine. Changez de couleur et commencer les vers par “Comme” ou “Tel” puis ajoutez la périphrase pour que la magie opère. Le but final : créer un poème sur cet objet sans jamais en dire le nom, ni les mots de la “liste à transformer”.
- À la fin, le texte sur la droite du tableau se transforme en magnifique poème collectif. Vous pouvez désormais le prendre en photo pour l’imprimer en grand et l’afficher près de l’objet concerné ! Les résidents ne le verront probablement plus du même œil 😉
Dans l’exemple de cette photo, nous avions choisi l’horloge comme sujet. En bleu, nous avions fait la liste des “mots à transformer” avec “horloge”, “aiguille”, “temps” et “tic tac” par exemple, qui sont devenus “Comme un ventre bien repu”, “Comme l’anguille qui fend l’eau du canal”, “Encore moins, le rire autant” et “Petit bonbon coloré dans une boîte transparente”, en rouge.
Vous pouvez aussi faire un schéma de l’objet pour questionner son apparence. Ici, l’horloge nous faisait penser à une orange coupée en deux, ce qui a donné le vers : « Moitié d’une orange bien mûre en hiver ».

A vous de jouer !
Et voilà, j’espère vous avoir donné envie de proposer de telles activités dans un ehpad et donné des idées pour animer et inventer vos propres ateliers d’écriture. La première fois est toujours la plus impressionnante, mais vous verrez, une fois qu’on a commencé, on ne peut plus s’en passer !
L’aventure qui vous attend est riche en belles découvertes et en rencontres passionnantes, alors n’attendez plus pour concrétiser les superbes idées qui mijotent en vous. 😉
En attendant, si vous souhaitez participer vous-même à des ateliers d’écriture ou que vous êtes à la recherche d’une plume pour écrire votre histoire ou celle de votre famille, n’hésitez pas à faire un petit tour sur mon site ou à me contacter !

Lisa Sokolsky
Écrivain biographe et animatrice d’ateliers d’écriture
Passionnée par les histoires de vie et les voyages, je vous aide à concrétiser vos projets d’écriture !
